Quand les images viennent à moi
Fin septembre, je terminais le tour de l'île d'Oléron à pied : 5 jours, 108 kilomètres de marche en forêt, de sable mou et de dune. Et qui aurait dit que j'aurais au final 1208 mètres de dénivelé positif sur une île aussi plate !
Certains disent qu'une telle aventure les a aidés à se recentrer, à sortir de la spirale infernale du quotidien. Avec le recul, je me dis que c'est peut-être un peu vrai, mais l'expérience du moment était bien différente. Pendant cinq jours, j'ai surtout vécu une expérience photographique inédite.
Dans mes vidéos, je vous ai déjà expliqué ce qui me pousse à sortir photographier tous les week-ends, quelle que soit la météo : l'envie de m'immerger dans un milieu naturel, forêt, bord de mer, champ, peu importe, mais loin de l'agitation urbaine. Ce qui dure d'ordinaire une demi-journée s'est cette fois étiré sur cinq jours. Je n'étais pas dans la solitude totale pour autant : en cette fin de septembre, l'île d'Oléron est un paradis pour les amoureux de nature, cyclistes, promeneurs, surfeurs, cavaliers. Elle avait retrouvé son caractère paisible et reposant. Partout où je suis passé, j'ai ressenti à la fois un grand calme et de l'admiration devant ces paysages.
Mais au-delà de l'expérience personnelle, ces cinq jours ont été une expérience photographique exceptionnelle. Je craignais de refaire toujours les mêmes images, et de tomber dans les images « souvenirs », celles que l'on fait en vacances et dont je vous parlais en août. Il n'en a rien été : les images que j'ai prises répondaient à l'instant présent, à ce que je ressentais.
Laisser venir les images
Habituellement, je choisis un lieu pour son potentiel, je m'y rends, je cherche mes compositions et j'attends la « bonne » lumière. Cette fois, c'est l'endroit qui m'a choisi : à moi de trouver l'exposition et la technique pour en faire ressortir toute la quintessence.
Les arrêts ont été nombreux, entre ravitaillement, repos et ce sentiment qu'il y avait une image à faire. Mais bien des fois, l'appareil est resté dans le sac, faute d'inspiration. Au fil des kilomètres, j'ai compris qu'il fallait simplement laisser les images venir à moi. Une sorte d'« appel de la nature », probablement difficile à expliquer. Dans mon billet de novembre dernier, je vous disais que je n'avais pas créé mon style, mais que c'est lui qui m'avait trouvé. À Oléron, j'ai eu exactement la même impression, cette fois avec les images.
Château-d’Oléron, 21 septembre, main-levée, stabilisateur d’image, 1/30s à 24mm
Sans attentes et sans trépied
La première journée avait pourtant commencé par un superbe lever de soleil sur la citadelle de Château-d'Oléron. Elle m'a semblé frustrante lorsque j'ai franchi le chenal de la Baudissière et le fort Royer à une heure où le soleil était déjà haut. Les vieilles habitudes ont la peau dure : je voyais les images, mais je regrettais les lumières dures, avec le sentiment d'avoir raté le bon moment.
Ce qui aurait pu rester une source de frustration est devenu une source d'inspiration : oublier mes attentes, profiter de ce qui se proposait à moi et expérimenter de nouvelles techniques. Cela s'est traduit par un premier changement de taille : photographier à main levée.
J'utilise énormément le trépied dans mes vidéos, pour expliquer mes compositions et les travailler en amont. Du coup, les variantes d'une composition se limitent à quelques micro-ajustements. En laissant le trépied dans le sac, j'ai pu multiplier les prises de vue sous des angles différents, que je n'aurais probablement pas testés si j'étais resté accroché à mon pied.
Apprivoiser la lumière dure
Le deuxième enseignement concerne la lumière. Il est vrai que l'heure bleue et l'heure dorée donnent une autre dimension aux images, au point parfois de transformer une composition passable en image acceptable. En photographiant sous une lumière dure, il m'a fallu porter beaucoup plus d'attention à son impact sur le sujet. Les ombres et les reflets sont ce qu'il y a de plus complexe à gérer : j'ai dû apprendre à les éviter dans ma composition, ou parfois à jouer avec, comme avec un véritable élément de l'image.
Cela m'a aussi amené à utiliser davantage le filtre polarisant et le filtre à densité neutre, pour obtenir la bonne profondeur de champ et la bonne vitesse d'obturation, mais aussi pour éviter les reflets du soleil sur l'eau, sur les feuillages et sur les bâtiments. Si vous voulez en savoir plus sur les filtres ND, ils font l'objet d'un article dans la rubrique Technique.
Forêt de Dolus-d’Oléron, 24 septembre, main-levée, stabilisateur d’image, 1/100s à 48mm
Le noir et blanc, à Chassiron
Enfin, le ciel bleu qui m'a accompagné pendant la majorité des cinq jours m'a poussé à reconsidérer mon approche, en photographiant parfois en noir et blanc. C'est une technique que j'utilise très peu et que je commence tout juste à explorer. En septembre, je vous proposais de la tenter pour renouveler vos lieux familiers ; cette fois, c'est moi qui me suis pris au jeu. Cela a surtout été le cas au phare de Chassiron, avec quelques images dont je suis assez content.
Alors, la prochaine fois que la lumière ne sera pas celle que vous espériez, que diriez-vous de laisser votre trépied dans le sac et de voir ce qui vient à vous ? Vous reviendrez peut-être avec moins d'images, mais probablement avec des images nouvelles.
Phare de Chassiron, 22 septembre, noir et blanc dans la caméra, Filtre polarisant, 1/80s 48mm