Photographier par mauvais temps : adapter son approche
Photographiquement parlant, le mois de janvier avait bien commencé avec de superbes paysages lumineux sous la neige. Malheureusement cela a été de courte durée et la pluie, le vent et le ciel blanc ou couvert ont pris la place. Lorsque la lumière devient faible, la photographie de paysage classique devient plus exigeante. Les contrastes s’effacent, les couleurs perdent en intensité et les scènes semblent manquer de relief.
Mais plutôt que de ranger son appareil, il est possible d’adapter sa pratique.
Comme vous me l’avez confié dans le sondage sur YouTube, trois approches fonctionnent particulièrement bien :
La proxiphotographie
Le Noir et Blanc
L’ICM (Intentional Camera Movement)
Proxiphotographie : une excellente alternative en hiver
On parle de manière générique de macrophotographie. En réalité, il est plus juste de parler de proxiphotographie. La macrophotographie consiste à photographier un sujet à l’échelle 1:1 sur le capteur. Dans des conditions de faible luminosité et sans éclairage externe, cela devient rapidement compliqué: profondeur de champ extrêmement réduite, vitesses lentes, risque de flou important.
La proxiphotographie, en revanche, est plus accessible. Elle consiste à photographier des sujets de petite taille sans atteindre le rapport 1:1. Photographier des sujets de faibles dimensions à ceci d’intéressant: pas besoin de faire de grande distance, les sujets sur un mètre carré sont multiples pour ne pas dire infini: feuilles mortes, mousses, lichens, herbes, lierre, … glands restés dans un chêne
Pas besoin de parcourir des kilomètres. Il suffit de ralentir. C’est une démarche que je recommande souvent : se poser, observer sans sortir l’appareil, attendre… puis observer encore. Progressivement, les sujets apparaissent. Le regard s’affine. La scène la plus banale devient terrain d’exploration. La proxiphotographie permet de travailler la composition, développer son sens du détail, s’exercer à gérer la lumière faible, créer des images à la fois intimes et mystérieuses
Un simple fragment de nature peut devenir un paysage miniature.
Le Noir et Blanc : idéal quand le ciel est blanc
La réponse la plus populaire suite au sondage lancé a été: photographier en Noir et Blanc.
Et vous avez raison. Quand le ciel est blanc et que le sol ou les arbres sont sombres, le contraste naturel devient intéressant. En supprimant la couleur, on met en valeur les formes, les textures, les lignes, l’atmosphère. J’associais souvent (à tort) le Noir et Blanc à la photographie de rue ou au portrait. Pourtant, en photographie de paysage sous ciel couvert, il prend tout son sens. La lumière plate devient graphique. La scène devient plus minimaliste. L’image gagne en intensité émotionnelle.
L’ICM (Intentional Camera Movement) : exploiter les vitesses lentes
Autre technique particulièrement adaptée à la photographie par faible luminosité :
l’ICM, ou bougé intentionnel de l’appareil photo. Quand la lumière est basse, les vitesses d’obturation lentes sont faciles à obtenir. Le flou devient naturel. Le défi n’est pas d’obtenir du flou. Le défi est de le maîtriser. Il s’agit de combiner le mouvement de l’appareil avec les lignes du paysage, les verticales des arbres, l’horizon, les masses de couleur. Lorsqu’il est réussi, l’ICM apporte une douceur étonnante. L’image devient presque picturale. Ce n’est plus une reproduction fidèle du réel, mais une interprétation.
Attention cependant : si vous n’avez jamais essayé cette technique, je vous la recommande, mais vous pourriez très rapidement vous prendre au jeu et ne plus vous arrêter.
Existe-t-il vraiment une mauvaise lumière ?
La réponse qui m’a le plus marqué dans le sondage est celle-ci :
« C’est quoi une mauvaise lumière ? »
Et si la mauvaise lumière n’existait pas ? Peut-être s’agit-il simplement d’une barrière psychologique que nous nous imposons. Oui, une lumière faible demande plus d’effort. Oui, l’engagement avec le sujet peut sembler plus difficile. Mais les possibilités sont toujours là.
La créativité, comme la lumière, fluctue. Parfois intense, parfois discrète. Mais la photographie n’a pas de limite pour celui qui accepte d’explorer.
Chaque sortie sous un ciel gris est une opportunité d’apprendre, d’expérimenter, de sortir de sa zone de confort, de développer son regard. La lumière n’est peut-être pas mauvaise. Elle est simplement différente.
La prochaine fois que vous penserez que les conditions sont mauvaises, posez-vous cette question :
Et si c’était simplement une nouvelle opportunité créative ?