L'été, saison de patience

L'été est pour beaucoup de photographes la saison la plus difficile à photographier. Je fais partie de ces photographes. En début d'été, il y a d'abord les journées qui sont longues, qui nous obligent à photographier de très bonne heure ou très tard pour profiter de lumières douces. Très rapidement le soleil est haut dans le ciel, les ombres sont marquées et il devient très difficile de photographier. À la fin de l'été, c'est la végétation qui a souffert et les couleurs deviennent plus rares. C'est encore plus vrai cette année avec cette longue sécheresse. Le milieu de l'été est probablement la période où la photographie reprend un regain d'intérêt alors que nous transhumons vers nos terres de vacances. Mais bien souvent, même si nous photographions plus, très peu d'images seront dans le top de l'année : trop loin de nos bases, les images ressemblent à un album souvenir de vacances, rien de plus.

Cette année, du fait de mon projet du tour de l'île d’Oléron en septembre, j'ai anticipé deux semaines de vacances d'été fin juin et début juillet. J'ai donc passé une grande partie de juillet et ces quinze premiers jours d'août en Île-de-France. La situation est comme partout en France, avec des forêts très sèches, des prairies brunies par cette chaleur intense et durable et les cours d'eau et les mares à des niveaux bas. Pourtant, j'ai grandement apprécié ce mois et demi et je me sens plutôt satisfait des images que j'ai pu réaliser.

La connaissance du terrain, mon meilleur allié

Tout d'abord, j'ai pu photographier localement en profitant de la connaissance du terrain et des expériences des étés précédents. J'avais gardé en tête ces images moyennes ou médiocres que j'avais pu prendre. Cela me donnait une base de connaissance sur la nature à cette époque. Bien sûr, il a fallu tenir compte de la précocité de l'été et tout anticiper de presque quinze jours : ça tombait bien, j'étais parti en vacances quinze jours plus tôt. À chacune de mes sorties, j'ai sélectionné soigneusement mes sites de prise de vue en fonction des conditions qui se présentaient : rechercher un peu d'humidité matinale en bordure de forêt à la mi-juillet, choisir un terrain plus sablonneux et ouvert ensuite pour composer avec la végétation basse, courir après les insectes début août (la vidéo de dimanche). Cette semaine, j'irai longer un cours d'eau pour profiter des dernières fleurs. Je savais ce que je pourrais trouver, il ne me restait plus qu'à observer et composer.

18 Juillet 2026: les dernières traces de couleurs et d’humidité

Voilà plus de 3 semaines qu’aucune pluie n’est tombée. Les végétaux se sèche, les couleurs sont rares et l’humidité, et pourtant…

La chaleur : s'adapter plutôt que subir

La seconde raison qui rend la photographie d'été difficile est la chaleur. Parcourir des distances avec le sac à dos chargé, avec des températures au-dessus de 20° dès les premières heures de la matinée, n'est pas très motivant. J'ai donc changé aussi cette approche. Connaissant les lieux, j'ai photographié léger et surtout j'ai optimisé mes lieux de prise de vue, en m'assurant de rester à moins d'un kilomètre du parking. Je vous en avais parlé en février : par mauvais temps, la proxiphotographie avec mon 105mm est une valeur sûre. C'est donc naturellement ce que j'ai fait lors de ma première sortie, en recherchant les dernières couleurs, comme une feuille de chêne naissante légèrement humide. Sur ma seconde sortie, en forêt de Rochefort, j'ai recherché les textures au sol créées par la végétation sèche et brunie : mon 24-70mm était le parfait allié, mon objectif couteau suisse. Vous verrez dans la vidéo de dimanche que c'est avec mon 70-200mm que je me suis lancé à photographier les papillons. Alors que j'avais passé plus de 30 minutes à tenter de photographier des papillons qui se laissaient désirer. Si j’avais eu mon 105mm, j’aurais probablement changé d’objectif et passé à autre chose. Heureusement, avec seulement le 70-200mm, je n'avais pas d'autre choix que la patience et la chance: sur ma gauche, cachée au milieu des fleurs blanches d'une eupatoire, une araignée-crabe attendait à l'affût sa prochaine proie.

8 août 2026: Araignée Crabe sur eupatoire chanvre

Combien de fois j’ai du passé à côté de cette araignée si discrète. Cette fois-ci à été la bonne.

Photographier sans attendre l'image parfaite

Enfin, une bonne raison de toujours faire de la photographie en été est très clairement l'absence d'attente élevée. L'été est plus une saison de transition que de création — du moins, c'est ce que je pensais. J'ai déjà eu l'occasion d'aborder ce sujet : la déception vient souvent plus d'une attente non remplie que d'une image ratée. Quelque part, je me suis convaincu qu'il n'y aurait rien à photographier ; de ce fait, rentrer à la maison avec des images sur la carte mémoire m'a apporté de la satisfaction et de la fierté. Pas forcément celle d'une image remarquable, mais la satisfaction de pouvoir trouver un sujet dans des conditions bien hostiles.

S'il est difficile de photographier en été, j'ai appris quelque chose cet été : apprendre de ces images passées, exploiter sa connaissance du terrain et se mettre en repos comme la nature par ces fortes chaleurs m'a permis d'avoir mon meilleur été de photographie.

1 août 2026 : quand la végétation d’été prend des couleurs d’automne. Non n’étions que le premier jour d’août

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